Historique des Forces Armées d’Haïti FAD’H

Historique des Forces Armées d’Haïti.

 Première partie.

I. L’Armée indigène.

Déportés d’Afrique et transportés à Saint Domingue pour assurer et multiplier la richesse de la métropole française, les nègres ont été contraints de travailler dans les circonstances les plus infra humaines qui puissent exister. Ignorant le milieu géographique, la langue des maîtres, leur culture et leur religion pour avoir été arraché de différentes tribus du continent africain, ils devaient nécessairement trouver des habitudes pouvant faciliter leur homogénéité.

Attachés au sol depuis leur arrivée dans la colonie, ils n’avaient de contact qu’avec la misère, le fouet et les exploitations de toutes sortes. Cette situation douloureuse va aboutir à des mouvements de revendications qui pour la plupart furent très violent. Ne pouvant supporter les sévices corporels des colons blancs, les noirs esclaves avaient dû recourir à des stratégies telles que le marronnage, le suicide collectif, l’empoisonnement. La réaction d’autodéfense des esclaves de Saint Domingue va déboucher sur un véritable mouvement armé, lequel va être le pilier de l’union et de la cohésion des esclaves de maisons, de métiers, et ceux des plantations quoique ces derniers aient été les plus humiliés du système esclavagiste.

Le mouvement de revendication armée des esclaves n’avait pas de structure organisationnelle pouvant planifier les différentes étapes de leur protestation, car chaque groupe d’esclaves sur une plantation constituait une défense armée pouvant réduire la violence du maître[1]. Ce mouvement, généralisé dans toute la colonie, devait trouver une concertation, un commandement, une hiérarchie, une dénomination. Imitant l’armée coloniale qui avait pour mission de consolider les bases de l’esclavage, les noirs révoltés ont identifié leur mouvement armé sous l’appellation de l’Armée Indigène.

L’armée indigène était issue, pour la plupart de ses membres, de l’affranchissement des esclaves noir devenu officiers supérieurs sous Toussaint LOUVERTURE et de la nécessité de combattre le marronnage des cultivateurs par l’application stricte du caporalisme agraire. En d’autres  termes, sa principale fonction était la sauvegarde du système colonial d’exploitation de la terre, basée fondamentalement sur l’exploitation de la masse des cultivateurs et la grande propriété. Entre 1796 et 1801, Toussaint, après s’être rallié à la cause française en 1794, allait gravir l’échelle militaire coloniale jusqu’au grade de général de division, ensuite de général de l’armée et enfin de gouverneur général à vie. Une nouvelle aristocratie terrienne de généraux fermiers s’était formée à la faveur de l’action de Toussaint, axée essentiellement sur le caporalisme agraire, c’est-à-dire l’extension et l’application de la discipline militaire à la masse des cultivateurs. Somme toute, le premier des noirs devait transformer l’armée coloniale en un véritable parti, c’est-à-dire en une armée dominée par les officiers noirs, nouveaux commandants, dévoués à sa personne et

bénéficiaires de sa politique. Avec l’autorisation du général en chef, le 7 juin 1802, suivie de sa déportation en France par les troupes expéditionnaires, l’armée coloniale (Sans SOUCI, SYLLA, MAKAYA, Charles BELAIR, Petit Noël PRIEUR, CANGE etc.…) renforcée par la révolte des bandes de cultivateurs et d’esclaves marrons disséminées sur tout le territoire de Saint-Domingue, l’autre camp comprenait, bien entendu, la plupart des hauts gradés qui étaient partisans de Toussaint, tel DESSALINES, CHRISTOPHE, MAUREPAS et aussi bien tels autres qui allaient grossir les rangs de la nouvelle armée française. Par cette attitude de retrait par rapport à leur chef suprême et de soumission à l’autorité de LECLERC, ils avaient pu, pour ainsi dire, sauver leur peau en misant sur le temps. La fin de l’année 1802, a été surtout marqué par la répression des mouvements insurrectionnels populaires contre le corps expéditionnaire français, répression menée en partie par les officiers indigènes susmentionnés.

La constitution veritable de l’armée indigene fut. réalisée sous la persistance et la poussée des révoltes populaires contre l’autorité coloniale dont l’une des conséquences déterminantes intervient avec la défection de PETION, de CLERVEAUX, de CHRISTOPHE, dans un premier temps, et les nombreux efforts de DESSALINES pour mettre sur pied une organisation militaire homogène[2].

Toute l’année 1803 représentait pour les forces indigènes une année de luttes acharnées contre les troupes d’élite française. Cette guerre de libération nationale ne prit l’ampleur d’une guerre de libération radicale qu’à partir d’une insurrection nationale.

Il faut souligner que l’armée indigène a pris naissance à l’intérieur de l’armée coloniale, car le caractère national est encore plus révolutionnaire dans le sens des transformations socio-économiques qu’attendaient éperdument les masses, de l’armée indigène correspondait à un seul aspect du processus des guerres de libération et à une seule revendication des cultivateurs : la dissolution du système esclavagiste, l’effacement du colon blanc (français), rêve qui va devenir une réalité incontestable avec la proclamation de l’indépendance le 1er janvier 1804.

L’armée indigène, fruit d’un compromis obligé entre anciens libres et nouveaux libres, n’avait d’autre devise que ‘’l’union fait la force’’ et assurait le lendemain même de l’indépendance nationale la sécurité des vies et des biens de la société haïtienne. Unis sous le même drapeau, le commandement, les soldats mal nourris,  mal vêtus, mal logé et non soldés de l’armée indigène, gardaient une confiance inébranlable dans le devenir de la nation et de l’institution militaire.

Me Olicier PIERICHE

Ancien Consul Général de la République d’Haïti en Floride



[1].Dumas, Pierre Raymond: Une armée dans la mêlée, Port-au-Prince, juin 1994.

[2].DUMAS, Pierre Raymond: op. cit. pp. 23 – 24

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